Stratégie | 09/01/26

Le télescope d’Equinoxe – 5 questions pour 2026

Pour les lecteurs pressés, les points clés :

> Le consensus est optimiste pour 2026 : croissance en hausse, inflation faible et taux d’intérêt en baisse.

> Aux Etats-Unis, les trois points d’intérêt seront le marché du travail, le nouveau président de la Fed et les élections de mi-mandat.

> En Europe, la relance budgétaire allemande, les élections françaises et la négociation sur l’Ukraine auront l’attention des investisseurs.

> La géopolitique restera centrale, avec les nouvelles conséquences de la doctrine « Donroe ».

 

Toute l’équipe Equinoxe vous souhaite une excellente année !

Nous entamons 2026 par l’exercice obligé des Perspectives pour l’année qui vient, sous la forme de questions clés. Cette semaine, nous abordons les éléments macroéconomiques, et la prochaine édition sera dédiée aux sujets de marchés.

Le point de départ est que le consensus des économistes est relativement optimiste pour 2026. La croissance devrait être en légère accélération, notamment aux Etats-Unis et en Europe, grâce à une combinaison de facteurs : baisse de l’impact des droits de douane, expansion budgétaire, baisse des taux d’intérêt et accélération des investissements en intelligence artificielle. Pour autant, plusieurs points seront à surveiller.

 

Le marché du travail américain va-t-il tenir ?

L’économie américaine termine 2025 sur une croissance correcte autour de 2%. Le taux de chômage est légèrement remonté ces derniers mois mais l’ambiance reste « no hiring, no firing ». Les employeurs sont prudents mais ne licencient pas, craignant les pénuries qu’ils ont connu à la sortie de la pandémie.

Les inquiétudes montent pourtant, suite aux conséquences négatives des droits de douane introduis en 2025, mais aussi à l’adoption de l’intelligence artificielle. Plusieurs secteurs, comme le consulting et la finance, ont annoncé des plans de réduction d’effectifs, notamment parmi les plus jeunes collaborateurs qui s’occupent des tâches les plus répétitives. C’est le cadeau empoisonné de la croissance de la productivité : elle est positive pour la croissance mais souvent, à court terme, captée par les entreprises qui améliorent leurs marges aux dépens des salariés.

Notre scénario est plutôt pour une stabilité du chômage en 2026, avec un taux modéré autour de 4,5%. Le destin du marché du travail est important pour la consommation des ménages, qui reste le moteur principal de l’économie américaine.

 

Qui va diriger la Fed après J. Powell ?

Le mandat de J. Powell arrive à son terme en mai 2026 et la compétition pour prendre sa place est ouverte. La nomination revient au Président Trump, mais doit être ratifiée par le Congrès. Deux candidats se détachent, Kevin Hassett et Kevin Warsch. Le premier est un proche collaborateur de D. Trump, pour ne pas dire un « yes man ». Il s’est régulièrement exprimé en faveur de baisses de taux agressives, en ligne avec les intentions de D. Trump qui souhaite soutenir l’économie. K. Warsch est quant à lui plus indépendant d’esprit, avec des positions beaucoup plus fermes dans la lutte contre l’inflation.

Le choix du premier serait clairement un argument en faveur d’une « vassalisation » de la banque centrale, par rapport au second. Pour autant, notre scénario économique envisage peu de différences à court terme : une baisse de l’inflation aux Etats-Unis permettra dans tous les cas à la Fed de poursuivre la baisse des taux en 2026. Ceux-ci devraient revenir vers 3% en fin d’année.

 

Quels risques politiques en 2026 ?

Pendant que les Etats-Unis traverseront les élections de mi-mandat, l’Europe sera de nouveau au centre des attentions. D’abord, le marché compte beaucoup sur la mise en œuvre de la relance budgétaire allemande pour faire redémarrer la première économie du continent. Elle devrait permettre une croissance en Allemagne de l’ordre de 1% en 2026 après trois ans de stagnation.

La France sera bien sûr scrutée de près par les marchés et les agences de notation. Nous anticipons néanmoins peu de volatilité cette année, les investisseurs attendant les élections de 2027 pour jauger du risque souverain. L’évolution des sondages en fin d’année sera importante lorsque la liste claire des candidats sera connue.

L’autre point crucial s’annonce être la coopération européenne sur deux fronts : l’Ukraine et le Groenland. Dans le premier cas, il semblerait qu’un cessez-le feu soit possible en 2026, selon les termes dictés par les Etats-Unis. Il s’agira pour l’Europe de peser suffisamment pour éviter une paix léonine qui renforcerait la Russie et figerait une menace durable à l’Est. La question du Groenland semble avoir pris une importance réelle ces derniers jours et des discussions sérieuses sont prévues. Nous pensons que des compromis seront trouvés, soit en termes de présence militaire renforcée des Américains sur place, soit sous la forme plus institutionnelle d’un COFA (Compact of Free Association). Une annexion par la force ne semble pas franchement plausible.

 

La Chine sera-t-elle un moteur ou un frein ?

La croissance chinoise s’est désormais installée durablement autour de 5%, et ne contribue plus autant à soutenir le PIB mondial qui devrait osciller autour de 3% en 2026. Mais l’impact chinois est à surveiller sur deux plans.

D’abord, l’intelligence artificielle n’est pas une thématique exclusivement américaine. La découverte de DeepSeek début 2025 avait été un coup de semonce et nous pensons que la Chine sera clairement une alternative aux technologies américaines, avec des modèles plus économes. Son impact ne doit pas seulement se concevoir dans les LLM mais aussi dans la capacité à mobiliser l’IA dans l’industrie. Le secteur automobile en est un exemple (BYD est devenu en 2025 le premier constructeur de véhicules électriques au monde) mais c’est le cas aussi dans d’autres secteurs (électronique, pharma, énergie).

Ensuite, la Chine est toujours en prise avec la déflation (0% d’inflation en 2025) en lien à la fois avec la concurrence féroce et le dumping des acteurs localement, mais aussi la poursuite de l’ajustement du secteur immobilier. Le prix des biens qu’elle exporte a baissé de 15% l’an dernier, contribuant à un énorme surplus de la balance commerciale. La croissance de la Chine se fait donc de plus en plus au détriment du reste du monde.

 

Quel impact de la nouvelle doctrine « Donroe » ?

L’intervention américaine au Venezuela, quelques jours après la parution de la nouvelle Stratégie Nationale de Sécurité, rebat les cartes de la position américaine dans le monde. Non seulement la preuve est faite que le droit international passe au second plan, mais les Etats-Unis réaffirment leur pré carré sur le continent et dans l’hémisphère occidental. C’est la doctrine Monroe remise au goût du jour.

Deux éléments de conséquence seront à suivre en 2026, au-delà évidemment de la façon dont sera gérée la transition au Venezuela, où rien ne semble prévu à part la saisie des infrastructures pétrolières :

  • Cela signifie-t-il que les Etats-Unis ne tolèreront plus de régimes ennemis dans les Amériques ? Le regard se tourne vers Cuba qui soutenait Maduro mais n’a pas de ressources naturelles comparables.
  • Cette sphère d’influence implique-t-elle un désintérêt pour la zone Asie-Pacifique et donc un encouragement pour la Chine à annexer Taiwan et appliquer la même doctrine dans sa zone d’influence ?

 

 

L’équipe Equinoxe

 

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