Stratégie | 17/07/26

Le télescope d’Equinoxe – L’été à l’ombre

Pour les lecteurs pressés, les points clés :

> Dans cette dernière édition avant l’été, nous dressons le panorama des points à noter dans son cahier de vacances.

> Le conflit iranien et l’inflation restent des facteurs à suivre mais pas forcément décisifs.

> La saison des résultats revêt une importance particulière alors que les analystes s’inquiètent de l’ampleur des investissements dans l’IA.

> Le positionnement tendu rend les marchés plus vulnérables aux mauvaises nouvelles, justifiant plus de prudence à court terme.

 

Macro

Cahier de vacances. Notre dernière édition avant la pause estivale va tenter de dresser le panorama des éléments à surveiller depuis la plage. Alors que les marchés clôturent un trimestre excellent, certains risques (ré)apparaissent depuis début juillet. Nous abordons l’été sans inquiétude excessive mais en gardant à l’esprit que certains éléments sont réunis pour que la volatilité vienne perturber un repos bien mérité. Quels sont donc les points à noter dans son cahier de vacances ?

Zig-zag. Evidemment, le point de départ est le retour des hostilités sur le détroit d’Ormuz après le zig-zag des négociations entamées entre Etats-Unis et Iran depuis mars. Le mémorandum signé mi-juin semble loin et l’administration Trump plus que jamais dans l’impasse, puisque ni la carotte ni le bâton ne semblent fonctionner pour domestiquer le régime iranien (Dessin 1). La moins mauvaise option, alors que l’horloge tourne avant les élections de mi-mandat, est probablement de reprendre l’accord signé le mois dernier et d’en préciser certains paramètres. La bonne nouvelle est que le marché apparaît largement immunisé après ces mois de revirements incessants. Le pétrole, après avoir touché 70$, est remonté à 85$. Nous considérons que le plus probable est un dénouement qui permettrait de retourner vers le prix d’équilibre de 75$ le baril.

La stratégie américaine dans l’impasse

Source : J. Sié – juillet 2026

Où sont les taux ? Le corollaire de cette affaire est l’inflation et la réaction des banques centrales. Le ton est monté ces derniers mois, la BCE a augmenté son taux à 2,25% et le nouveau gouverneur de la Réserve fédérale américaine K. Warsh a multiplié les avertissements. Pour autant, les derniers chiffres d’inflation sont sortis un peu plus cléments que prévu, à 3,5% aux Etats-Unis, dans un contexte de chômage toujours très bas (4,2% en juin). Si la BCE ne devrait pas bouger en juillet, la question d’une nouvelle hausse des taux reste ouverte pour septembre. Le risque est donc une réaction négative des marchés en anticipation. Le séminaire annuel de Jackson Hole, fin août, sera particulièrement important.

Le bruit qui monte. En Europe, deux sujets nous maintiennent aux aguets. D’abord, à bas bruit, la position russe s’affaiblit en Ukraine. Les campagnes de drones ont considérablement accéléré en 2026 et les indices de pertes de territoires se multiplient. La Russie recrute environ 27 000 soldats par mois mais en perd 30 000. Il n’est pas impossible que la situation évolue brutalement. Ensuite, la politique française monte aussi en pression avant les élections décisives d’avril 2027. Sur le site de prédictions Polymarket, M. Le Pen est désormais favorite avec 32% de chances d’être élue, talonnée par E. Philippe (27%) puis J-L. Mélenchon (13%). Beaucoup d’inconnues demeurent, notamment sur la liste des candidats, et la possibilité d’un second tour des extrêmes, en cas de désistements majeurs à gauche en faveur du candidat LFI, pourrait ranimer les inquiétudes des marchés.

 

Allocation de portefeuille

Tout le monde est là. Sur les marchés, des signes de nervosité sont apparus depuis début juillet. L’Iran joue un rôle mais nous identifions surtout un environnement tendu lié au positionnement et à un optimisme débridé autour, une nouvelle fois, des valeurs IA. Nos indicateurs suggèrent que les investisseurs particuliers, les hedge funds et les institutionnels sont tous très chargés en actions, ce qui rend le marché plus vulnérable aux mauvaises nouvelles (Graphique 2). De même, le facteur Momentum est entré en phase de correction, ce qui correspond à des mouvements de retournement du positionnement. Pour cette raison, nous avons tactiquement réduit un peu le risque à court terme.

 

Positionnement des CTA (hedge funds systématiques)

Source : Bloomberg, Equinoxe – juillet 2026

 

Concentration. L’emballement a particulièrement ciblé ces derniers mois les valeurs associées aux infrastructures de l’IA, notamment les semiconducteurs. Plusieurs sociétés ont vu leur capitalisation boursière plus que doubler en 2026, à la fois aux Etats-Unis et en Asie. C’est là que le risque est le plus élevé, sans pour autant remettre en cause la trajectoire de moyen terme de ces entreprises dont les bénéfices ont effectivement explosé. Le problème est que ces valeurs sont devenues tellement dominantes que leur poids dans les indices boursiers est désormais écrasant : plus de 30% aux Etats-Unis et plus de 40% dans le MSCI Marchés Emergents. Pour cette raison, nous sortons désormais systématiquement des ETF pour l’allocation aux marchés émergents et revenons à des gérants actifs pour éviter ce risque de concentration.

Changement de modèle. L’autre risque important de l’été est la saison des résultats qui commence très bien pour les financières américaines mais sera scrutée sur les autres secteurs. Un graphique que les analystes regardent est l’effondrement des free cash flows (flux de trésorerie disponible) des hyperscalers (Meta, Amazon, Alphabet, Microsoft) devant l’énormité des investissements concédés dans la course aux investissements IA. La question est la remise en cause de leur profitabilité exceptionnelle depuis 15 ans si leur modèle évolue vers beaucoup de dépenses d’infrastructure et moins d’économies d’échelle.

Telco, nouvelles banques. Nous avons donc recentré notre exposition actions sur d’autres secteurs moins exposés à ces incertitudes. Les marchés chinois et indien restent des convictions de moyen-terme tandis que les petites capitalisations pourraient bénéficier de la rebaisse des prix du pétrole, voire d’une évolution du conflit ukrainien. Le secteur télécom européen est aussi intéressant à suivre, avec beaucoup de restructurations en cours et de changements d’actionnaires, à l’image de ce qu’a subi le secteur bancaire 10 ans plus tôt.

 

 

Excellent été à tous et rendez-vous fin août !

 

L’équipe Equinoxe

 

Avertissement : Ce document est fourni exclusivement à titre d’information générale et ne constitue en aucun cas un conseil en investissements financiers, une recommandation ou une proposition d’achat ou de vente. Equinoxe ne saurait être tenu responsable des conséquences financières d’une décision prise sur la base de ces informations et vous invite à solliciter un conseil adapté et la documentation associée. Par ailleurs, les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

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