Stratégie | 06/03/26

Le télescope d’Equinoxe – Premier bilan après une semaine de conflit

Pour les lecteurs pressés, les points clés :

> L’intervention israélo-américaine a décapité le régime et affaibli les capacités militaires de l’Iran mais les objectifs de guerre restent peu clairs. Le coût politique aux Etats-Unis en année d’élection est, lui, clair.

> Le plus probable à ce stade est un conflit bref et le maintien du régime avec un leadership plus coopératif, à la vénézuélienne.

> L’impact sur l’économie mondiale reste modéré et dépendra surtout de la durée de blocage du détroit d’Ormuz.

> La correction des marchés a été ordonnée et n’incite pas à trop d’inquiétude. Nous restons attentifs à des points d’entrée opportunistes, surtout sur les marchés émergents.

 

Le conflit et ses suites

Dans le dernier Télescope, nous considérions qu’une intervention américaine en Iran était improbable. Force est de constater que nous avions faux ! Pourtant, les deux arguments qui paraissaient rendre cette idée hasardeuse restent valides : i) une intervention de ce type requerrait des moyens humains et financiers importants ; ii) une guerre loin des Etats-Unis diviserait fortement le clan MAGA juste avant une élection clé. Il semble qu’un jeu de circonstances ait précipité l’intervention conjointe entre Israel et les Etats-Unis le 28 février : une négociation laborieuse avec les Iraniens, l’obsession de D. Trump pour obtenir le prix Nobel de la Paix, et une fenêtre d’opportunité pour décapiter le régime iranien grâce à la remarquable qualité du renseignement israélien.

Depuis une semaine, l’opération essentiellement aérienne a largement entamé le potentiel nucléaire et militaire iranien, ainsi que celui du Hezbollah libanais, répondant essentiellement aux objectifs de sécurité d’Israël. Les exhortations à un changement de régime, prévalentes au départ, se sont un peu dissipées à mesure que les signes d’un tel effondrement ne venaient pas. Clairement le régime des Mollahs est plus solide que ne l’était celui d’Assad en Syrie et rien ne laisse présager à ce stade une défection des militaires du régime, notamment des Gardiens de la Révolution.

Si l’Iran est sans surprise dépassé militairement, elle utilise pour le moment sa capacité de nuisance, à la fois par des attaques de drones dans différents pays de la zone, et par la fermeture du détroit d’Ormuz qui bloque le passage des pétroliers vers l’Asie. Des premières ouvertures à la négociation ont fuité, alors que l’arsenal militaire iranien devrait rapidement se tarir. Pourtant, de source américaine, il n’existe aucun plan pour la phase 2 du conflit. Le risque quand on n’a pas d’objectif clair, c’est qu’on ne sait pas vraiment quand on les a atteints.

Si comme nous le pensons, le conflit devient de plus en plus couteux domestiquement pour l’administration Trump, le scénario du changement de régime s’éloigne au profit d’un « modèle vénézuélien » où les Etats-Unis se contentent d’un changement de leadership qui soit plus coopératif et non-nucléarisé. D. Trump a déjà indiqué cette voie en demandant d’avoir un droit de regard sur le remplaçant d’A. Khamenei, excluant explicitement son fils.

 

Les impacts économiques

Ce conflit injecte un choc d’incertitude dans l’économie mondiale, principalement lié à son impact sur les prix du pétrole et sur le commerce régional. Le baril a grimpé d’environ 65$ à 85$ actuellement, suite au blocage du détroit d’Ormuz. Evidemment, la clé est la durée d’un tel blocage puisque l’impact sera faible en deçà de quelques semaines, mais important s’il perdure et cause des pénuries de carburant dans certains pays très dépendants comme l’Inde ou la Chine.

L’administration Trump a proposé d’escorter ou d’assurer le passage des tankers dans le détroit, mais les analystes jugent cette option peu réaliste. Déjà, les Américains ont autorisé la livraison de pétrole russe en Inde pour réduire la pression. En tout cas, gardons en tête que l’impact d’un tel choc pétrolier n’est pas dramatique pour l’économie mondiale. Goldman Sachs estime que si le pétrole se maintient autour de 80$ sur toute l’année 2026, l’impact serait de +0,2% sur l’inflation et -0,1% sur la croissance du monde. S’il montait à 100$ le baril, l’impact serait de +0,7% et -0,4% respectivement.

Encore une fois, notre interprétation est que cette guerre serait trop couteuse politiquement pour l’administration américaine dans la durée. Dès lors, le scénario économique ne serait pas radicalement modifié. En tout cas, le spectre d’une vague d’inflation comme en 2022 semble improbable : le choc est concentré sur les prix de l’énergie (pétrole et gaz) et non pas étendu, comme avec la guerre en Ukraine, à l’alimentaire et amplifié par les problèmes de chaînes de production post-pandémie. Nous n’anticipons donc pas de modification de politique monétaire et certainement pas de hausse des taux puisque ce choc pétrolier est typiquement ce que la théorie monétaire considère comme exogène et passager.

 

Réaction des marchés & positionnement

Les marchés ont logiquement chuté cette semaine, à la fois sur les actions et le crédit, alors que le pétrole grimpait et le dollar se renforçait. Pour autant, nous considérons que la baisse a été ordonnée et donc relativement peu inquiétante. En fait, notre interprétation est qu’il s’est agi essentiellement d’un choc de volatilité où les investisseurs ont pris profit sur les paris qui ont le mieux fonctionné depuis le début d’année et dû réduire leur levier suite à des chocs de VaR (Value-at-Risk).

C’est la raison pour laquelle les marchés les plus impactés ont été les émergents – la Corée en particulier –, puis l’Europe, où le positionnement était le plus tendu. De même l’or a chuté sur les deux grosses journées de baisse, reflétant non pas un statut de valeur refuge, mais celui d’investissement spéculatif. Le marché américain, beaucoup moins populaire en 2026, a chuté plus faiblement.

Dans ce contexte, nous ne pensons pas à ce stade qu’il faille revoir radicalement le positionnement de nos allocations et nos axes stratégiques pour 2026. La meilleure posture est d’accepter la volatilité et de rester les yeux ouverts pour être opportunistes si des points d’entrée devaient se présenter. Pour le moment, nous regardons surtout les marchés émergents, notamment sur la dette en devise locale qui a souffert avec le rallye du dollar.

Pour le reste, la correction demeure somme toute modérée et le vrai risque que nous regardons est la dynamique du software aux Etats-Unis et ses effets d’entrainement sur le crédit public et privé.

 

Portez-vous bien !

L’équipe Equinoxe

 

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