Stratégie | 28/08/26

Le télescope d’Equinoxe – Tournez manège

Pour les lecteurs pressés, les points clés :

> L’été a été nerveux, sous la pression des taux d’intérêt qui remontent avec les inquiétudes sur la dette publique.

> Le narratif sur l’IA est partagé entre des bénéfices impressionnants à court terme et de vraies questions d’usage à long terme.

> Le leadership de marché a tourné dans un mouvement de rotation défensive.

> L’or reprend des couleurs grâce au reflux de l’inflation américaine et à la pression baissière sur le dollar.

  

Macro

Mer (pas) calme. L’été a été nerveux sur les marchés, avec une fois de plus, une stabilité sur les grands indices qui cache beaucoup de mouvement sous la surface. La politique revient sur le devant de la scène, en France mais aussi aux Etats-Unis. Le sujet de la dette notamment a alerté les investisseurs ces dernières semaines, tandis que les différents conflits s’enlisent. L’intelligence artificielle agite aussi les débats, entre certitudes de court terme et grandes questions à long terme.

Chemin de crête. En France, l’été a vu le retour fracassant du changement climatique dans le débat public. On a ressorti le Fonds Vert des cartons, avec le constat accablant que l’adaptation est plus urgente que prévu. Comme toujours, les priorités sont bousculées par l’actualité alors que le dernier budget du quinquennat se prépare dans un contexte électoral peu propice aux compromis. La France devrait stabiliser son déficit autour de 5% du PIB en 2026, avec un objectif un peu meilleur en 2027, alors même que la croissance n’est pas si mauvaise. Les marchés ne s’y méprennent pas, cette situation n’est pas tenable et le spread français est remonté au-dessus des 80 points de base, avec un taux d’emprunt à 10 ans autour de 4% (Graphique 1). La crainte est l’effet boule de neige où le renchérissement du coût de l’emprunt fait augmenter les intérêts de la dette et complique encore davantage l’assainissement des finances publiques. Il n’est plus en doute que le prochain Président de la République n’aura pas de latitude et devra restaurer la crédibilité de la signature France.

 

Taux d’emprunt d’Etats en Europe

Source : Bloomberg – août 2026

 

Plus bas que bas. Aux Etats-Unis, le thème est le même avec le franchissement du seuil symbolique des 40 000 milliards de dollars pour la dette d’Etat. Les taux d’intérêt sont remontés sous la pression du pétrole, aidé par l’entêtement de l’administration Trump à poursuivre le bras de fer avec l’Iran, désormais davantage sur le terrain économique. Plus structurellement, le marché des Treasuries subit un glissement de sa demande : moins d’acheteurs souverains (Chine, Japon) et plus d’acheteurs du secteur privé sensibles au prix et à la volatilité. Le corolaire est la descente continue de D. Trump dans les sondages, à tel point que l’espoir est désormais permis aux Démocrates de reconquérir le Sénat aux élections de mi-mandat. Si tel était le cas, ce serait évidemment un contre-pouvoir majeur pour l’administration, mais avec le risque d’une cacophonie encore plus grande.

Divergence transatlantique. Les banques centrales doivent comme toujours naviguer ces environnements minés. En Europe, le marché table sur une hausse de taux supplémentaire d’ici la fin d’année à 2,5% alors que l’inflation stagne un peu au-dessus de la cible. Aux Etats-Unis, le séminaire annuel de Jackson Hole a lieu actuellement et devrait permettre au Président Warsh de mieux s’expliquer après des débuts plutôt jugés comme ratés depuis le printemps. Là encore, une hausse de taux reste possible en 2026 même si la tendance est beaucoup moins claire. Le thème du séminaire est l’innovation financière, avec un focus probable sur les stablecoins, donc moins susceptible de bouleverser les anticipations de politique monétaire.

 

 

Allocation de portefeuille

Conflit de narratif. Les marchés actions ont été nerveux cet été et le témoin en a été la Corée, dont l’indice Kospi a subi des variations quotidiennes énormes. Le coupable : ses deux mégacap du secteur tech, Samsung et SK Hynix, prises dans les turbulences de la thématique IA. Le marché hésite de nouveaux entre plusieurs narratifs. D’un côté, les profits exceptionnels des sociétés du secteur, encore validés par Nvidia cette semaine, dans le sillon des besoins d’investissement massifs des sociétés pour s’équiper en puissance de calcul (Graphique 2). De l’autre, des doutes sur les systèmes de financement de plus en plus improbables, avec des schémas qui associent des banques, des asset managers et des sociétés Tech en passant par des véhicules hors-bilan qui rappellent un peu trop 2007. Des doutes aussi émergent sur les usages de ces modèles : est-il utile d’aller plus loin dans la sophistication ou l’avenir est plutôt aux petits modèles plus légers et économes ?

 

Trajectoire impressionnante des bénéfices

Source : MSCI, Bloomberg – août 2026

 

Oiseaux de malheur. L’autre raison du scepticisme sur l’IA est la question plus générale de son impact socio-économique, alors que plusieurs penseurs de premier plan alertent sur des dangers majeurs à venir. B. Gates s’inquiète notamment de pertes d’emploi gigantesques et dont il faudrait se protéger. Y. Harari dessine le scénario d’une prise de contrôle par l’IA du système financier et d’un monde sans responsables. Ces analyses font écho aux idées de prise de participation des Etats dans les sociétés d’intelligence artificielle pour financer ces bouleversements et partager les fruits de la technologie.

Tournez manège. En attendant, le marché actions a été pris dans un mouvement de rotation défensive, sous l’influence à la fois de cette correction sur la Tech, du rebond de l’énergie et des matières premières, et de la hausse des taux d’intérêt. La santé a repris des couleurs, grâce aux annonces de nouveaux traitements (Moderna). En revanche, le poids de l’inflation se fait sentir sur le consommateur américain, avec des résultats décevants pour Walmart. Pour le moment, nous restons positifs sur le marché, porté essentiellement par des résultats généralement bons, mais le leadership a clairement tourné. L’exposition à la Tech devra être un peu plus tactique désormais que ces trois dernières années.

Nouvel éclat. Les dernières semaines ont aussi vu un rebond de l’or après quelques mois difficiles. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte général favorable aux matières premières, notamment aux métaux, et donc aux minières associées dans le monde actions. Les raisons sont multiples : craintes sur la dette américaine, reflux de l’inflation, baisse du dollar. Nous pensons que le mouvement peut continuer, surtout que le positionnement sur l’or est désormais beaucoup plus favorable qu’il ne l’était en début d’année. Au même titre, nous restons sur nos gardes concernant le dollar et avons partiellement couvert l’exposition.

 

 

Bonne rentrée à tous !

L’équipe Equinoxe

 

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